Shakuhachi

· carnets · 🇫🇷

Cette année, j’ai joué au jeu Ghost of Yotei : je l’ai adoré. L’histoire, les mécaniques de jeu, le paysage, l’ambiance, les personnages… Je me suis laissé emporter par ce chef d’œuvre. À tel point que je l’ai recommencé aussitôt avec la difficulté maximale : ça ne m’arrive jamais. J’ai dû descendre d’un cran pour le boss de fin et Takezo, parce que je ne suis pas si doué… ;)

Mais ce qui m’a envouté, c’est la bande originale. Les musiques font partie intégrante de cette histoire, avec deux belles chansons interprétées par Clare Uchima : Mother et Atsu’s theme. Les paroles, l’air, la voix : tout me porte dans ces chansons, elles résonnent. Ces deux chansons laissent une place toute particulière à un instrument que j’ai redécouvert, mais avec attention cette fois : le shakuhachi (Ghost of Tsushima faisait jouer du shakuhachi au personnage principal, mais ça ne m’avait pas marqué plus que ça). Le son produit par cet instrument m’a hameçonné. À tel point que je vous écris un dimanche, après un week-end d’atelier d’une école de shakuhachi en France. Mais on en parlera plus loin.

Dans les derniers mois, j’ai le sentiment d’avoir réussi à dénouer quelque chose que je trainais avec moi depuis l’enfance, et j’ai eu l’intuition que cet instrument était fait pour moi, qu’il me permettrait d’exprimer avec mon souffle ce que mon cerveau n’est pas capable de comprendre, et encore moins de transmettre. Après avoir écouté en boucle toute la bande originale, j’ai commencé à chercher sur Internet : quel est cet instrument ? Quelle est son histoire, comment peut-on s’en procurer, quelle méthode pour l’apprendre…, bref la quête du shakuhachi, et de ce son avait commencé.

J’ai rapidement trouvé des vidéos de personnes jouant du shakuhachi, certaines interprétant les chansons mentionnées plus haut, puis en cherchant un manuel sur le sujet, peu de résultats, mais avec chance, un manuel en français existe ! Je me le suis procuré, j’ai cherché ensuite à obtenir un instrument, mais sans professeur, hors de question d’acheter “un vrai”. Comme tous instruments, un shakuhachi coûte.

Car c’est un instrument traditionnel japonais. Il est fabriqué dans un bambou, que l’artisan doit choisir, puis laisser sécher durant des années, et enfin en faire une flûte à 5 trous, parfaitement ajustée… Bref, c’est un savoir-faire, ça demande du temps donc les prix grimpent vite. J’ai donc acheté un “shakuhachi” sur Amazon à 30€ en plastique pour commencer. Ma nouvelle flûte en main, et mon manuel reçu, j’ai commencé à lire, et à produire du son. Eh bien ce n’était pas facile ! Après plusieurs tentatives par-ci par-là (il fallait que je sois seul chez moi, trop gêné de tenter avec la famille autour) et de nombreux jours écoulés, j’ai réussi à faire un son… Je me souviens encore de l’émotion qui m’a pris quand c’est arrivé.

Je n’étais plus hameçonné, mais carrément mordu. Mais progresser seul, sans savoir si on fait bien, sans savoir si son instrument est le bon, m’a pas mal découragé de continuer pendant un moment. Mais sans me lâcher, comme un truc qui n’avance pas, mais dont on sait qu’un jour, on y arrivera, qu’on le fera.

En septembre, je suis retourné un peu par hasard sur le site de Chikumeisha France, une école de la lignée Kinko (la plus vieille) de shakuhachi qui proposait un atelier les 3 et 4 octobre à Combs-la-ville, en Île-de-France. Après un peu d’hésitation, car voyager en Île-de-France pour l’occasion coûte, je me lance. Après tout, c’est une des rares fois dans ma vie où l’évidence est si forte, et que l’appel est si irresistible.

Eh bien, je ne regrette rien. Au-delà du week-end seul, à l’hôtel (très reposant quand on est parent), cet atelier a confirmé mon enthousiasme. J’ai eu la chance de rencontrer des praticiens de longue date, et notamment Gunnar Jinmei Linder, qui fût élève d’un grand maître de shakuhachi, au Japon. Grâce à un professeur français, je repars du week-end avec plus de bases que nécessaire pour continuer à mon rythme, chez moi, en attendant de prendre des cours. Et grâce à un des élèves qui restaure des shakuhachi, je repars avec un “shakuhachi” en pvc. Peu cher, mais juste, et avec la bonne taille, de quoi prendre de bonnes habitudes et pratiquer et pourquoi pas un jour chercher le shakuhachi en bambou qui me conviendra.

Je n’ai jamais pratiqué la musique, et pourtant je suis déjà capable de suivre une pièce sur une partition quand d’autres la jouent ; j’ai pu produire la quasi-totalité des notes de base et jouer 5 des mélodies proposées dans le manuel ! Bref, ça fonctionne, au-delà de l’appel, l’instrument me parle, et je prends plaisir à en jouer. Chaque pièce jouée me procure de la joie, et toujours cette émotion indescriptible…

J’avais adoré la Horde du Contrevent, cette idée que le vent façonne le vivant. J’ai toujours aimé sentir le vent sur moi, et maintenant, c’est l’instrument à vent qui me correspond, qui me fait vibrer. Je ne sais comment j’en jouerai dans le futur : à la recherche d’un bon niveau, pour le plaisir de temps en temps, mais ce qui me semble sûr aujourd’hui, c’est que le shakuhachi fera toujours partie de ma vie.