Blog de Romain Sertelon

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Pouvoir d'achat

04 May 2018

Nous réclamons plus de "pouvoir d'achat". Nous voulons le pouvoir d'acheter.

Le pouvoir d'acheter

Chaque jour, nous voyons les inégalités se creuser. D'un côté, une minorité riche s'enrichit encore et toujours plus vite; de l'autre, la majorité s'appauvrit, là aussi en moyenne rapidement. Nombre d'entre nous n'ont pas assez d'argent chaque mois pour payer tout ce qu'ils doivent acheter pour survivre (loyer, nourriture, garde d'enfants, soins, ...).

Quel combat plus logique alors que celui qui consiste à réclamer un meilleur partage des richesses ? Nous voulons que la société soit plus juste et que chacun puisse vivre (et non survivre) décemment. Beaucoup de luttes syndicales, ou politiques, s'arquent autour de cette revendication: Plus de "pouvoir d'achat" !

Qu'est-ce que cela implique ? Demander du "pouvoir d'achat" nous réduit premièrement à de simples consommateurs ou êtres de besoins. Comme une vache laitière à qui il faut fournir un espace pour dormir, ainsi qu'une ration d'herbe ou de foin pour subsister, le tout afin de pouvoir lui tirer son lait chaque jour.

Cela a également pour effet de masquer le fait que le pouvoir n'est pas situé pas dans des actes de consommation.

Le pouvoir de décider

Dans nos sociétés dites "démocratiques", le pouvoir doit être celui de décider de l'orientation de la société: quelles énergies utiliser ? quel mode de vie ? quel rapport au travail ? Toutes ces décisions ont en général une composante économique de fait car l'économie est ce qui lie la société humaine.

Cependant, nous n'avons pas réellement le pouvoir de décider, sauf à faire partie de la minorité qui gouverne des pays ou des multinationales gargantuesques. Lorsque nous signons un contrat de travail, nous devenons subordonnés à notre employeur, il décide, nous suivons. Le débat démocratique n'existe donc pas dans une entreprise.

On peut toujours tenter de "monter sa boîte", sauf à n'avoir aucun investissement, ce choix sera conditionné par notre prêteur, il décidera seul, de manière unilatérale, de la "viabilité" de notre projet. Il aura pouvoir de décision sur notre entreprise en tant que créancier (indirectement) ou investisseur (directement).

Ainsi, nous sommes en général dépossédé de notre pouvoir de décision.

Pouvoir d'achat ou pouvoir (de décider) ?

Ainsi, réclamer du pouvoir d'achat me semble être une réaction interne au système actuel, qui ne remet pas du tout en cause le fait que nous n'ayons pas de pouvoir. Il s'agit d'une réaction de défense face à un système inégalitaire et mortifère, une lutte pour la survie à court terme.

A l'inverse, réclamer du pouvoir (au sein de l'entreprise notamment) permettrait de dépasser notre lutte pour la survie, et la transformer en lutte pour un meilleur avenir, sur le long terme. Cela permettrait de retrouver l'initiative des revendications plutôt que de subir l'agenda des "réformes".

Il faut, à mon sens, que les revendications redeviennent "pour" une idée de la société, plutôt que "contre" les institutions actuelles du pouvoir.