La grande course au collectif
· carnets · 🇫🇷
J’ai la certitude profonde que c’est par le collectif que l’humain se réalise, pas seul. Dans les dernières années, j’ai essayé de monter des collectifs qui pourraient (ou non) changer le statu quo, faire en sorte de mouvoir le monde dans une direction qui me semble être meilleure.
D’abord le proche, sur un terrain certain : réunir des personnes pour soutenir les mouvements locaux qui manquent de soutien, proposer de faire groupe politiquement aussi, mais à une echelle humaine, actionnable, avec pour seule ambition de faire, concrètement.
Les circonstances m’ont ensuite amené à coconstruire un autre collectif, un qui ne part pas d’amis, mais qui pourrait peut-être fédérer sur notre territoire (comme on dit) des personnes qui pensent que notre démocratie est trop pauvre, et qu’il faudrait donner la voix aux habitants autrement.
Ces deux aventures m’ont appris leurs lots de choses, sur le plan humain, juridique, fiscal, comptable, administratif et m’a fait me frotter à de grandes questions : peut-on participer aux institutions locales de notre République, tout en n’étant qu’une association d’habitants ? Comment arriver à toucher d’autres que ceux qui nous ressemblent ?
Au-delà des réussites et des échecs qui nous ont à la fois appris l’humilité, c’est finalement une autre question qui me hante maintenant un peu plus : à quoi aspirent vraiment les habitants de mon territoire ? Qui sont réellement mes voisins (dans les quelques kilomètres autour de chez moi) ? Quelle est notre légitimité à construire de tels collectifs, à vouloir pousser des personnes qui ont déjà leur vie (pas toujours tranquille, comme tout le monde) à s’investir d’une certaine manière ? À imaginer ce qu’iels souhaiteraient qu’on fasse pour elleux ?
J’ai une conception toute personnelle de l’émancipation politique, et de l’anarchie. J’ai envie que chacun soit libre, d’après ma propre conception de la liberté. Même si j’estime qu’elle est bonne pour toustes, elle n’est finalement applicable qu’à moi, et mes proches à la limite, en tout cas dans ma manière de relationner avec elleux. Quelle hubris, quel manque d’humilité que de vouloir pousser tout le monde à agir comme soi.
Ces interrogations me font prendre du recul sur la manière dont je dépense mon énergie. Car j’espère toujours pouvoir changer de que j’estime n’être pas bon pour mes proches, notamment mes enfants. Je n’ai pas envie d’imposer quelque chose, encore moins de prendre part à des batailles idéologiques. Je veux pouvoir travailler avec d’autres, simplement, pour construire une toute petite partie du monde que je souhaite.
La découverte de l’aikido, il y a quelques mois y est pour beaucoup. Cet art martial prône la non-violence : ne pas s’en prendre à l’adversaire, mais aller avec lui pour mieux neutraliser ses attaques. Et c’est ça qui m’intéresse : construire notre résilience, nos défenses, mais pas de partir à l’attaque moi-même. Est-ce être lâche, manquer de courage ? Peu m’importe finalement, car c’est là que je sais pouvoir donner ce que j’ai de meilleur à donner : du soutien, du support, des moyens, des idées.